Portraits

Me Lata : de Barcelone au monde

« Me Lata », c'est d'abord une histoire d'amour entre deux artistes de rue. Un jeune homme et une jeune femme qui se rencontrent en vendant des roses à Barcelone un jour de Sant Jordi. Il faut peut-être chercher dans les origines de ce couple ces messages d'amour qui ont fleuri ces dernières années à Barcelone, puis à Madrid, Paris, Lyon et Londres... Des messages où des canettes peintes servent de support à chaque lettre. Une façon aussi, au départ, de recycler une partie de ces multiples déchets jetés sur les trottoirs du quartier du Raval, où habitait le couple, et qui sera leur premier « espace de travail ». Après quatre ans à parcourir furtivement les rues de la capitale catalane pour essaimer leurs œuvres, les « Me Lata » s'affichent pour la première fois en 2018 chez Fabienne Yot, dont la galerie Artevistas donne une grande place au street-art. « Ils ne sont même pas venus au vernissage de cette exposition, d'abord parce qu'ils voulaient rester anonymes, mais aussi parce qu'ils ne croyaient pas vraiment pouvoir intéresser un public d'amateurs d'art », se souvient la galeriste. Pourtant, au soir de cette inauguration, un millier de visiteurs accourent au Passatge del Crèdit, dans cette galerie située au pied de l'immeuble où naquit Joan Miró.
 
Eposition à la Galerié Yot de Barcelone (photo FM)
 
« Ce qui m'a le plus étonné ce soir-là, en plus de l'affluence, c'est la variété du public », ajoute Fabienne Yot : « Il y avait des gens de tous âges, dont certains me montraient les photos des messages de Me Lata photographiés dans les rues ; des admirateurs qui suivaient donc ces jeunes inconnus à travers leurs œuvres depuis déjà des années ! » Cette première exposition marque le début d'une reconnaissance locale, puis internationale, puisque les œuvres de Me Lata se vendent aujourd'hui partout dans le monde. Trois ans après, les deux jeunes artistes reviennent à la galerie Artevistas pour un nouveau rendez-vous avec le public. Évidemment, le couple travaille toujours « incognito » à la façon de Banksy, dont ils sont de fervents admirateurs. Comme juste rançon du succès, ils sont aussi copiés de New-York à Berlin : c'est une autre forme de reconnaissance qui ne modifie pas leur art. Même si « Me Lata » évolue, dans la forme en tout cas, avec des supports qui s'élargissent aux boîtes de conserves ou bombes de crème Chantilly, pour continuer d'accrocher sur les murs des villes leurs slogans d'amour engagés, souvent inspirés des chansons pops. « Je crois qu'ils ont su trouver une voix unique dans le positivisme de leurs messages perçus de manière très directe et intime par ceux qui les admirent et qui collectionnent leurs œuvres aujourd'hui », conclut Fabienne Yot.