Le Lycée Français de Barcelone sous le choc de la hausse des frais de scolarité
Inquiétude et colère des parents d'élèves à cause des augmentations annoncées pour cause de réforme de l'AEFE.

À la rentrée 2026, les familles des élèves du Lycée Français de Barcelone (LFB) devront faire face à une augmentation moyenne de 9,5 % des frais de scolarité, soit entre 800 et 1.000 euros supplémentaires par enfant et par an. Une évolution liée à la crise structurelle du financement de l'AEFE (l’opérateur public sous tutelle du ministère des Affaires étrangères), qui coordonne le réseau de plus de 600 établissements d’enseignement français à l’étranger. En cause principalement : le poids croissant des pensions civiles des personnels détachés, désormais insuffisamment compensé par la subvention publique. La réforme budgétaire de l’AEFE, votée le 18 décembre dernier, prévoit ainsi que les établissements contribuent directement au financement de ces pensions civiles à hauteur de 35 % en 2026, puis de 50 % en 2027. Cette nouvelle charge se répercute mécaniquement sur les budgets locaux et, dans la plupart des cas, sur les familles.
Pour Renaud Le Berre, conseiller des Français de l’étranger en Catalogne et président de la commission des finances à l’Assemblée des Français de l’étranger, les premières victimes de cette politique tarifaire au Lycée Français de Barcelone sont les familles de la classe moyenne, y compris celles bénéficiant de bourses partielles : « Ces familles sont déjà très justes, et là, elles vont sentir encore plus l’augmentation du reste à charge ». Le risque est clair : une éviction progressive des familles françaises, pourtant au cœur du projet historique du réseau. Ce qui accentuerait en fait une tendance déjà bien réelle, puisque depuis 2000, le LFB a perdu près de 300 élèves, soit environ 10 % de ses effectifs. Une baisse d'effectif qui révèle aussi le renoncement à la vocation inclusive de l'établissement.
Une absence de visibilité qui inquiète les familles
Au-delà de la question sociale, l’impact de la réforme et de l'augmentation des frais de scolarité qui en découle pourrait être pédagogique. « Si on commence à casser cette dynamique, le résultat sera une baisse de qualité de l’enseignement », prévient Renaud Le Berre. La réduction possible des postes de professeurs détachés, garants d’une continuité et d’une expertise reconnues, inquiète particulièrement parents et syndicats, aujourd’hui unis dans une même mobilisation. À moyen terme, la hausse des frais de scolarité pourrait donc s’avérer contre-productive. « Les recettes de l’augmentation des prix vont être réduites par la baisse des effectifs », analyse Renaud Le Berre, pointant une logique financière à courte vue. Avec une absence de visibilité qui inquiète d'autant plus les familles des enfants scolarisés au Lycée Français de Barcelone, comme d'ailleurs dans l'ensemble des établissements d'un réseau dont l'avenir est désormais incertain. Car de nouvelles hausses sont possibles, voire probables au cours des prochaines années.
Face aux critiques, une mission parlementaire de six mois a été confiée à la sénatrice Samantha Cazebonne, sénatrice des Français de l’étranger. Mais compte tenu des décisions qui ont déjà été prises dans le cadre de la réforme de l'AEFE, la perspective d'un changement de cap reste peu crédible, et les moyens d'action plus que limités.
Au Lycée Français de Barcelone, l'espoir repose sur une mobilisation internationale des parents - à l'instar des mouvements de protestation engagés notamment en Italie et au Maroc - et une prise de conscience des représentants de l'État, au niveau des ministères comme à l'échelle des ambassades et consulats. « La clé est politique, c’est un vrai problème de vote budgétaire », insiste Renaud Le Berre, rappelant que « l’enseignement français à l’étranger constitue un outil majeur de rayonnement, largement autofinancé ». Sans réinvestissement de l’État, le risque est grand de voir ce « bijou » perdre son attractivité.
