BCNegra : Barcelone se livre au roman noir

Il y aura du sang, de l'angoisse et du suspense ces jours-ci en ville...

La quinzième édition de BCNegra, le festival du roman noir de Barcelone, se tient du 30 janvier au 9 février. Barnanews.com mène l'enquête, et le directeur du festival Carlos Zanón passe aux aveux...

Comment est né le festival BCNegra ?

Carlos Zanón : « Il est né presque naturellement il y a quinze ans dans une librairie, à la « Negra y Criminal » de Paco Camarasa, dans le quartier de Barceloneta. Au fil des ans, les manifestations se sont enrichies et les thèmes se sont élargis vers la politique ou les personnages de romans, à travers d'autres formes comme la bande dessinée, la poésie, le théâtre ou la musique, jusqu'à atteindre cette année 97 rendez-vous à travers toute la ville, pour environ 8.000 personnes concernées en douze jours. Avec en plus cette caractéristique d'être un festival municipal, où tout est donc gratuit et où l'on peut parcourir la ville à travers BCNegra de La Plaça Real à la Bibliothèque Jaume Fuster de Lesseps, en passant par le marché de La Boquería ou même le quartier de La Mina. Ici, nous ne laissons jamais personne de côté ! »

Quelle est l'importance du roman noir à Barcelone ?

Carlos Zanón : « C'est un genre qui est très fortement lié à Pepe Carvalho, personnage iconique de la littérature espagnole ; c'est même un personnage transcendantal de la culture du roman noir méditerranéen, d'autant plus pour des écrivains comme Andrea Camilieri, Jean-Claude Izzo ou Donna Leon... Tous ces auteurs écriraient d'une manière différente si Montalban n'avait pas inventé Pepe Carvalho, qui incarne en quelque sorte le renversement du personnage habituel de détective américain, en jouant notamment sur la dimension gastronomique. C'est un point de vue plus méditerranéen sur la vie. C'est aussi le personnage type de la « transition » entre la dictature et la démocratie en Espagne. Une époque où l'on pensait que seul un détective pourrait aller contre la police et l'État oppresseurs ; cela aussi nous a donné des clés, d'une certaine manière, pour sortir de l'ornière du franquisme ».

Et que nous apprend le polar sur Barcelone ?

Carlos Zanón : « Dans sa façon d'expliquer le monde, le roman noir met en lumière une Barcelone vaincue, une ville qui a perdu toutes les guerres... C'est donc la scène parfaite pour des personnages qui attendent d'avoir une dernière opportunité. C'est une ville portuaire très ouverte où personne n'est propriétaire de rien. Le roman noir nous montre une Barcelone métissée aussi, avec son mélange de cultures et de langues. En ce sens, c'est donc un territoire idéal pour un genre qui traite surtout de la défaite, de cette histoire absente des magazines touristiques glamours ou des journaux. L'histoire des vainqueurs ne fait d'ailleurs pas souvent de bons polars ni de bonne littérature en général. Si nous lisons « Gatzby le magnifique », c'est parce que c'est le récit d'un échec ! À Barcelone, cette dimension avait déjà été explorée par Jean Genêt dans son fameux « Journal d'un voleur », dont nous avions montré lors de la précédente édition de BCNegra comment il recréait la mythologie du « Barrio Chino », aujourd'hui devenu le Raval ».

Quelle est la place faite aux auteurs francophones cette année ?

Carlos Zanón : « Nous recevons notamment l'Algérien Yasmina Khadra pour une conférence événement. Nous avons également au programme un échange entre Javier Cercas et la Française Dominique Manotti, grande figure la littérature policière francophone. Nous accueillerons également le 31 janvier Hervé Le Corre, l'un des auteurs de roman noir les plus populaires en France, qui viendra parler de son travail dans le cadre très approprié de  l'Estacio de França. Et nous avons une table ronde dédiée à Maigret, en présence de Pierre Assouline, l'un des biographes de Georges Simenon ».

 

Retrouver le programme complet sur le site de BCNegra