Invitation « Chez Matisse » à la CaixaForum
Derniers jours de l’une des grandes expositions barcelonaises de l’année.
Dimanche 16 août, le CaixaForum Barcelona refermera la parenthèse enchantée de son exposition « Chez Matisse », qui réunit des dizaines d’œuvres du peintre français et les confronte à Picasso, Braque, Le Corbusier ou Sonia Delaunay. Une formidable leçon de liberté artistique. Pour les Français et les francophones de Barcelone ou en vacances dans la capitale catalane, l’occasion mérite particulièrement le détour : l’exposition permet de retrouver l’un des artistes français les plus importants du XXe siècle mais, surtout, de comprendre pourquoi l'œuvre d'Henri Matisse continue de travailler la peinture contemporaine. Car « Chez Matisse » n’est pas véritablement une rétrospective classique. L’exposition est conçue comme une maison dont Matisse occuperait le centre et dans laquelle entreraient les artistes qu’il a rencontrés, influencés ou qui, longtemps après sa disparition, ont poursuivi certaines de ses intuitions.
De Paris à Barcelone
Cet événement est le fruit d’une collaboration entre la Fondation « la Caixa » et le Centre Pompidou, qui ont permis de rassembler 45 œuvres de Matisse et 49 pièces d’autres artistes. On y rencontre ainsi Pablo Picasso, Georges Braque, Sonia Delaunay, Le Corbusier ou encore Natalia Gontcharova... Le choix de Barcelone est particulièrement intéressant, puisque l'empreinte de Picasso y est quasiment omniprésente. L'exposition rappelle aussi qu'au même moment de l'explosion surréaliste, une autre révolution picturale se produisait en France : la révolution par la couleur. Ainsi émerge le fauvisme, dont Matisse devient l’une des figures majeures au début du XXᵉ siècle. Avec André Derain, Maurice de Vlaminck ou Albert Marquet, il libère la couleur de son rôle traditionnel : elle ne cherche plus à reproduire fidèlement le réel, mais à exprimer une sensation. Les tons deviennent purs, violents, parfois arbitraires, tandis que les formes se simplifient. Qualifiés de « fauves » par le critique Louis Vauxcelles en 1905, ces peintres ouvrent ainsi l’une des premières grandes ruptures de l’art moderne. Matisse n’a pas besoin de détruire la figure pour révolutionner la peinture, il lui suffit presque de libérer la couleur. Dès lors, la peinture n’a plus nécessairement pour mission de reproduire ce que voit l’œil. Elle peut fabriquer sa propre réalité.
Une oeuvre emblématique
Le parcours de l'exposition au CaixaForum permet de suivre cette évolution depuis les premières recherches du peintre jusqu’aux célèbres papiers découpés de la fin de sa vie. Et l'on se surprend toujours à s'apercevoir que, plus d'un siècle après ses premières audaces, ses tableaux n'ont presque rien perdu de leur fraîcheur. « Luxe, calme et volupté », « Intérieur », « Bocal de poissons rouges », « Marguerite au chat noir », sont quelques-unes des peintures que l'on peut admirer ici, et qui permettent de comprendre comment et pourquoi l'œuvre d'Henri Matisse est devenue si emblématique. Ce que les mots du peintre expriment d'ailleurs avec presque la même clarté que ses tableaux : « Pour moi, une couleur, c’est une force. Mes tableaux se composaient de quatre ou cinq couleurs qui avaient des entrechoquements entre elles, qui donnent des sensations d’énergie. Quand je mets un vert, ça ne veut pas dire de l’herbe. Quand je mets un bleu, ça ne veut pas dire du ciel. […] Chez moi c’est la composition, faite avec des couleurs, qui est le principal élément. Ce sont des couleurs qui créent une certaine expression sur l’esprit du spectateur ».
Leçon de vie
La dernière partie de sa vie, également retracée dans cette exposition, raconte par ailleurs une histoire fascinante de création face à la contrainte. Gravement malade et opéré en 1941, Matisse se retrouve durablement diminué physiquement. Il aurait pu considérer que son œuvre était terminée, mais il invente au contraire une nouvelle manière de travailler : des feuilles sont peintes à la gouache puis découpées aux ciseaux. Le peintre assemble ensuite formes et couleurs. Ce sont les fameuses gouaches découpées. Le geste est extraordinairement simple : découper directement dans la couleur. De cette contrainte naissent certaines des images les plus immédiatement reconnaissables de l'art moderne. Le parcours proposé au CaixaForum de Barcelone conduit précisément jusqu'à cette dernière révolution, notamment à travers Jazz, publié en 1947.
C'est à la fois une magnifique promenade artistique et une leçon existentielle pour apprendre, comme le disait Henri Matisse dans ses « Écrits et propos sur l’art », à « regarder toute la vie avec des yeux d’enfants ».
Informations pratiques : "Chez Matisse. El legado de una nueva pintura", CaixaForum Barcelona, avenue Francesc Ferrer i Guàrdia 6-8. Jusqu'au 16 août 2026. Tous les jours de 10 h à 20 h.
Informations et billetterie : CaixaForum Barcelona.
